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Le « crowfunding », nouveau créateur d’activité ?

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Le crowdfunding, c’est la nouvelle tendance pour financer ses projets sans passer par une banque. Le concept est simple, un particulier qui manque d’argent peut à tout moment, via les sites internet de financements participatifs, demander à d’autres personnes intéressées par le projet de donner une somme d’argent pour l’aider. Ce n’est en aucun cas un don, car ce dernier recevra en échange des contreparties à la hauteur de son investissement, qu’elles soient financières ou d’une autre nature, comme des cadeaux, ou de simples remerciements. En quoi le « crowdfunding » est-il un nouveau générateur d’activité ? Peut-t-il se démocratiser ?

Hanna Taieb et Maud Lazzerini toutes deux diplômées de l’Ecole de Réalisation Supérieur d’Audiovisuel de Paris (ESRA) avaient comme idée de réaliser un court métrage sur le burlesque dans la ville de New York. Pour mener à bien ce projet, il ne leur manquait plus que le financement d’une partie des locaux nécessaires pour les séquences du film. Elles ont ainsi décidé de faire appel au site KissKissBankBank, l’un des principaux sites de financements participatifs en France. « Cela n’a pas été très compliqué de mettre notre projet sur ce site » expliquent-elles, « nous avons envoyés notre projet à l’équipe de KissKissBankBank, les détails de ce que nous voulions faire avec l’argent récoltée, et quelques papiers de la banques par exemple ». La seule réelle difficulté rencontrée était la méconnaissance des gens à ce système de financement, « le système de « crowdunfing » n’existe que depuis 2010 en France et les gens ne sont pas habitués, on dirait que ça leur fait encore un peu peur, au départ du moins, ensuite ils trouvent l’idée géniale », précise Maud.

Comme contreparties, elles proposaient d’envoyer le DVD du film, des photos du tournage dédicacées par les actrices et même des invitations à la première française en fonction du montant donné. Après trois mois de récoltes, elles ont reçu pas moins de 1780 euros, bien plus que les 800 euros dont elles avaient initialement besoin. Une somme d’argent qu’elles ont bien évidemment gardé pour les autres besoins du court métrage.

Le Crowdfunding, nouvelle alternative au prêt bancaire ?

Depuis 2010 en France, plus de 10 millions d’euros ont été récoltés par chaque site comme Ulule ou KissKiss-BankBank. Une somme importante qui a permis à des centaines de milliers de projets du plus humble au plus fou de voir le jour. Chaque mois, près de 1000 projets sont reçus sur chacune des plateformes, 63% d’entre eux seront entièrement financés. Ce mode de création est désormais une forme d’engagement pour les internautes, à plus forte raison qu’ils deviennent créateurs de croissance et d’activités, et ce, beaucoup plus facilement et rapidement que par le cursus classique du prêt bancaire. Ce dernier est d’ailleurs un véritable filtre trop rationnel que souhaite combattre le crowdfunding, en permettant à toutes sortes de projets de pouvoir être réalisés. Le gouvernement a par ailleurs assoupli l’année dernière les prêts bancaires pour que les banques ne soient pas flouées en supprimant le fichier de la Banque de France qui répertorie tous les entrepreneurs qui ont fait faillite, les empêchant ainsi de se retourner sur d’autres projets. Et pour cause, ces plateformes de financements ont vu leur fréquentation doubler chaque année depuis leurs lancements que ce soit aux Etats-Unis ou en France. Ces dernières sont à leur tour une source de financement et d’investissement. Sur chaque projet financé, la franchise reçoit en effet 8% de la somme à titre de frais de fonctionnement. Une aubaine pour un secteur en plein essor !

Un nouveau statut pour un secteur qui explose
La ministre de l’Economie numérique, Fleur Pellerin, a par ailleurs récemment présenté une loi visant à favoriser l’essor du financement participatif. Parmi la batterie de mesures prévues à cet effet, la possibilité pour les Très Petites Entreprises et les Moyennes Entreprises (TPE, PME) de recourir au crowdfunding afin de favoriser leur essor. Cette mesure permettra de compléter les investissements menés par la Caisse des Dépôts. L’autre disposition phare repose dans la sécurisation de ce secteur en obligeant toutes les plateformes, existantes et à venir, à passer par un prestataire financier : ce qui est déjà le cas pour les grands du secteur. Mais c’est sur le statut de « conseiller financier » dont les entreprises du financement participatif pourront bénéficier qui est d’autant plus intéressant. Ce statut ouvre en effet plus de possibilités sur les projets que peuvent prendre en charge les plateformes du crowdfunding : financement en euros, en actions, ou encore en précommandes pourront se multiplier.

Le secteur est déjà fondé sur la transparence entre les plateformes, les lanceurs de projets et les internautes. Le projet de loi vise à accroître significativement cette relation afin que le secteur ne connaisse pas de déconvenue (arnaque, détournement de fond, etc…) alors que le marché mondial du « crowdfunding » représente pas moins de 3 milliards de dollars ! Si le financement participatif a bien un inconvénient, c’est la problématique du tout ou rien ! A titre d’exemple, si vous avez un projet qui nécessite 3000 euros et que vous récoltez seulement 2950 euros dans le temps imparti des 96 jours : ce sera un retour à la case départ !

Les détracteurs du « crowdfunding » ont ainsi régulièrement taclé cette condition, demandant une marge de 5 à 10% pour que les projets ne partent pas aux oubliettes. Or de nombreux projets, sur chacun des sites de financements participatifs ont échoué une première fois avant de réussir la seconde fois. Et pour cause, une fois la période de récolte terminée, une sorte de « débrief’ » est fait avec l’équipe du site pour savoir ce qui a marché ou non pendant la récolte et ainsi, en cas d’échec pouvoir relancer une nouvelle version du projet qui pourrait attirer plus de personnes. Le statut de conseiller que vont acquérir les principaux acteurs du « crowdfunding » permettent ainsi de montrer que ce n’est pas une flopée de projets financés à la hâte mais la création d’une véritable relation afin que activité et qu’une communauté naissent de tout cela. L’aspect humain prime !

Le principe du donnant-donnant
Attention tout de même à ne pas se tromper, le crowdfunding n’est pas un système de charité. Chaque fois qu’une personne décide de financer un projet, elle attend quelque chose en retour. Et c’est à celui qui demande un financement de fixer les contreparties. Elles varient selon la somme donnée et l’ampleur du projet, elles doivent être relativement attractives pour donner envie aux internautes d’investir de l’argent dans les projets. Chez My Major Company, les gens investissent pour la
production d’albums de chanteurs ou de groupes. Si ces derniers réalisent des bénéfices sur leurs albums, les « parieurs » auront un pourcentage sur les bénéfices des ventes chaque année. Dans certains cas, cela peut même s’avérer très lucratif, comme lorsqu’il s’agit d’un artiste à succès comme Grégoire, Joyce Jonathan, ou encore Irma.

Un film inspiré de la série télévisée Véronica Mars a par ailleurs pu voir le jour grâce au financement participatif. Les sites de « crowdfunding » ne sont pas seulement un espace d’échanges financiers, mais également de réels lieux d’échanges créatifs : c’est une véritable vitrine pour tous les « crowdfunders ». Ils permettent non seulement à des idées créatives ou innovatrices d’aboutir mais aussi de gagner en visibilité. Les internautes et les entreprises, curieux de connaître de nouveaux concepts, visitent également les pages de ces sites de financement participatif pour dénicher les perles rares. C’est pour eux une vraie mine d’or, ils voient de bonnes idées et se rendent compte du « buzz » que ces dernières pourraient créer auprès de la communauté des internautes. Les sociétés de productions, maisons de disques ou encore les chaînes télévisées se servent également des sites de « crowdfunding » pour trouver de nouveaux projets qu’ils pourront d’autant plus développer.

Les plateformes peuvent ainsi se permettre de financer les meilleurs projets sans être sélectifs pour autant à l’aide de leurs communautés : 280.000 personnes pour Ulule, 310.000 pour KissKissBankBank, et quasiment 250.000 participants chez My Major Company.

Communiquer intelligemment
Le rôle des plateformes de « crowdfunding », et leur intérêt, est de faire en sorte que le projet aboutisse. Pour cela toute l’équipe se mobilise afin d’optimiser la visibilité du projet et le rendre encore plus attirant. Ainsi, pour faire réussir un financement, tous les moyens sont bons pour impliquer la communauté de participantss depuis les réseaux sociaux. Tout d’abord avec les proches, puis les cercles d’amis et de connaissance pour ensuite espérer un effet boule de neige. La presse est aussi régulièrement mise à contribution par l’intermédiaire d’articles : un coup de pouce non négligeable pour ces porteurs de projets qui misent souvent beaucoup sur ce type de financements. Le secteur a dernièrement fait appel au financement participatif. Un site internet d’informations fait depuis les régions a vu le jour grâce au financement participatif. Thierry Gadault, directeur du projet Hexagones (hexagones.fr)  a pu récolter, sur Kiss Kiss Bank Bank, 17 265 euros à l’aide de 333 participants afin de lancer la « nouvelle aventure du journalisme ». Le site est sur le site est financé sur le même principe que Mediapart, les abonnements. Le financement participatif a fais office de tremplin financier mais également de vitrine pour ce projet ambitieux.

Ainsi des créations aussi diverses que variées ont vu le jour depuis 2010. Parmi elles, la success-story de Noobweb-série- qui a récolté plus de 680 000 euros alors que les producteurs en demandaient seulement 35000 euros. Le court-métrage s’est alors transformé en un long-métrage puis en une trilogie. Il y a également deux jeunes agriculteurs qui ont acheté deux nouvelles

vaches pour leur élevage biodynamique. Le « crowdfunding » fait ainsi sa réputation et son succès sur ses réussites afin de créer un cercle vertueux qui s’auto-régule et qui ne cesse de croître.

Anaïs Urbain et Jérémy Pastor

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