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Enseignement : Vers une nouvelle fuite des cerveaux?

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Locaux inadaptés, déficit chronique, administration en berne et un taux d’échec qui frôle les 50%, les Facultés sont considérées comme « des usines à perdre. » Tandis que la solution alternative des Grandes Écoles ne soulève pas l’engouement, les étudiants préfèrent tenter leur chance à l’étranger. L’exception française semble à l’agonie.

 « Rendre autonomes les universités, c’est faire confiance au monde enseignant » (Nicolas Sarkozy). Le projet a séduit les facs : Gérer librement le budget provenant des dotations de l’État. Définir librement le développement à long terme sous le joug d’un président élu. Sélectionner librement les étudiants tout au long du parcours universitaire (excepté à l’entrée). Mettre librement en place des cours. Choisir librement les intervenants. Créer librement des filiales pour gérer les contrats de recherche. Tels sont les nouveaux enjeux imposés aux facultés.
Le projet les aura enfoncé. Certaines dépenses, telles que la prise en charge du personnel, le nombre de salariés ou le coût des travaux de rénovations, n’ont pas été anticipées. Résultat, les facs resserrent leur budget ou tentent de composer avec la banqueroute.

23 des 83 établissements autonomes en déficit

Tout est bon pour relever le cap, y compris l’appel aux fonds d’investissements privés. Ce qui a presque été le cas de l’Université Paris X de Nanterre. « Notre BU des Sciences Humaines a été fermé car il n’y avait plus de fonds pour payer les bibliothécaires et la maintenance. Du coup, beaucoup d’étudiants se sont mobilisés pour lutter contre cet évènement » déplore un étudiant en philosophie. « Il y avait l’option du rachat par une entreprise privée, mais l’administration a préféré la déplacer vers la BU d’histoire. Solution quelque peu discutable » termine –t-il, frustré. Nanterre à la limite de la banque route, sera peut être amené à se délocaliser vers Paris VIII.

©UNEF VSQ

©UNEF VSQ/flickr.com

A l’échelle de l’Hexagone, ce n’est guère rassurant. Avec un trou de 7, 2 millions d’euros, la faculté de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines est en cessation de paiement. L’établissement pense à fermer ses portes en février prochain. À Nantes, l’Université a été déficitaire de 3,3 millions d’euros en 2011. « Nous avons voté un budget à l’équilibre, mais sous deux réserves : des subventions européennes et des collectivités, et 1 million d’euros d’économies, explique le président, Jean-Paul Saint-André.

Problème : « il manque 2 millions d’euros. » Selon lui, ceci résulterait d’une sous-évaluation de 300 postes du personnel, nécessaire pour faire tourner la fac.
Le bilan est sombre, 23 facultés autonomes sont en déficit sur les 83 que compte la France. A cela s’ajoute le ras le bol des étudiants, qui ne savent plus s’il faut poursuivre le cursus –au risque d’échouer dès la première année- ou bien, de tenter les grandes écoles, qui paraissent plus sûres et mieux structurées

« Grandes Écoles- Universités : la lutte des classes »

HEC, ESSEC, Polytechnique ou même Science Po…
Contrairement à la fac, les grandes écoles sélectionnent leurs étudiants par concours. Ce qui offre une meilleure visibilité au niveau du nombre de candidats ainsi qu’un apprentissage optimum. Mais cela à un prix, en moyenne 6000€ l’année. Et encore, il s’agit des moins coûteuses. Tous les étudiants n’ont pas forcément les moyens de financer ce type d’établissement, souvent considéré comme un gouffre financier pour les familles. De plus, les étudiants boursiers ne sont pas forcément admis. « Imaginez un peu. Un étudiant de classe moyenne dont la famille doit payer une école à 7000€ l’année ? C’est un emprunt de plus à faire ! S’il doit payer le loyer de son logement, c’est un salaire de plus à trouver ! Voilà comment un jeune de 20 ans se retrouve déjà endetté pour 15 ans. » lâche un parent indigné. Un clivage vieux comme Marx réapparaît : la lutte des classes. Face à des Universités en déclin et des Grandes Ecoles hors de prix, c’est la grogne sociale. Pour Jean Paul Brighelli, professeur en classe préparatoire, c’est tout le système qui est à réformer: « On ne se rend pas compte qu’il y a des gueux intelligents qui frappent à la porte. On les a découverts en 2005, quand les banlieues se sont enflammées […] L’avenir de l’université ou des grandes écoles se joue là : dans le renouvellement de leurs élites. Sinon… »

Énième alternative : l’Étranger.

Sinon l’étranger ? De plus en plus d’étudiants français privilégient le cursus scolaire étranger à celui de la France. Le système pédagogique paraît moins compliqués et plus avantageux. A l’exemple de l’ULB de Bruxelles, sorte d’hybride fac/ grande école. Le niveau d’apprentissage y est réputé et à moindre coût (entre 1000 et 3000€). Le prix des loyers étant généralement moins élevés, les jeunes se permettent d’y aller. A l’instar de la Belgique, les autres pays européens (excepté le Royaume-Uni) attirent. La politique enseignante est sans cesse réformée et améliorée. Concernant le cas français, François Hollande propose la création d’un service public de l’orientation assis sur des territoires cohérents ; Autrement dit, le président suggère de réinjecter des fonds aux établissements en difficulté et de renforcer la construction de logement étudiant. Mesure qui n’a pas encore été appliquée.

Jeanick Lubanza

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Clemence Pouletty

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