0

Albert Jacquard, le philos-off !

Partagez cet article :
RSS
Facebook0
Facebook
LinkedIn
Pinterest
image_pdfimage_print

Le généticien français et philosophe engagé de gauche est décédé le 11 septembre, des suites d’une leucémie. Albert Jacquard avait 87 ans.

Albert_Jacquard_-_May_2009

« Je ne serai jamais mort. De toute façon, on ne peut pas conjuguer le verbe être avec le mot mort ! » Né le 23 décembre 1925 à Lyon, le polytechnicien de formation n’avait pas peur de la mort et, non-croyant, ou plutôt agnostique, il était persuadé que lorsque son coeur s’arrêterait de battre, ce serait la fin. En bon cartésien, le professeur Jacquard a obtenu deux doctorats en biologie et en génétique humaine.

Titulaire d’un bac scientifique, l’homme au célèbre collier de barbe a passé en parallèle un bac de philosophie, ne pouvant renoncer à cette forme de réflexion.

« Passager de l’Histoire »

Orphelin à l’âge de neuf ans des suites d’un grave accident de voiture, le jeune Albert se retrouve défiguré et se consacre aux études. « Passager de l’Histoire » et simple spectateur durant la Seconde guerre mondiale, il est passé par le ministère de la Santé en 1962 puis à l’étude de la génétique des populations à Stanford, après quoi il passa la moitié de sa vie à lutter contre le racisme et les inégalités et « l’idée absurde d’une hiérarchie entre les gens » (Eloge de la différence, 1978). Dès les années 90, il milite aux côtés de Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole du Droit au logement (DAL) en faveur des sans-papiers et des mal-logés. Par foi envers l’humanité, Albert Jacquard a bataillé de longues années durant pour la dénucléarisation au niveau énergétique, déclarant que la Terre bénéficie de « la plus grande centrale naturelle pour cinq milliards d’années : le soleil. » Mais ce qui travaillait cet éternel militant écologiste, c’était l’arme nucléaire : pour lui, la théorie de la dissuasion nucléaire est nulle, et s’appuie sur l’avis de pas n’importe qui, l’ancien président Valéry Giscard d’Estaing, qui savait que s’il avait dû y avoir recours, il ne l’aurait fait pour rien au monde. En 2012, avec Stéphane Hessel, Jacquard a d’ailleurs publié Exigez !, un manifeste pour le désarmement nucléaire total.

Humaniste vert de rouge

Si ses forces étaient devenues « défaillantes » à la fin de sa vie, le philosophe est resté engagé jusqu’à la fin de son existence, de son inscription sur la liste des Verts pour l’élection européenne de 1999 aux élections présidentielles de 2012, accordant son soutien et son vote à Jean-Luc Mélenchon, qui le faisait « penser à Jaurès ». Albert Jacquard avait même déclaré que s’il avait pu « aller à la Bastille » pour la manifestation du 18 mars 2012, il n’aurait pas hésité. Un rouge qui n’aimait pas le sang, celui d’un homme ou même d’un animal, puisqu’Albert Jacquard fait partie de la présidence d’honneur du CRAC (Comité radicalement anti-corrida). Avec une foi inébranlable, « excessive » selon ses propres mots, envers l’humanité, Albert Jacquard n’a cessé de tenter de la rendre meilleure par ses recherches, ses mots, ou en donnant de la voix dans un mégaphone. Une voix qui aurait aimé souffler à l’oreille de chaque être humain : « Je suis une merveille parce que tu es une merveille, et il y a une chose encore plus merveilleuse, c’est nous. »

Par Théo Duchaussoy

theoduchaussoy@theyoungreport.fr

Partagez cet article :
RSS
Facebook0
Facebook
LinkedIn
Pinterest
0
↑ Back to top

Clemence Pouletty

View all post →