0

La Thaïlande en pleine crise politique

Partagez cet article :
RSS
Facebook0
Facebook
LinkedIn
Pinterest
image_pdfimage_print

Depuis le renversement de l’ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra en 2006, la Thaïlande est régulièrement secouée par des manifestations d’opposants. Les élections législatives ont eu lieu le week end dernier mais il faudra plusieurs semaines avant d’en connaître les résultats. La paralysie politique s’installe dans le pays.

Yingluck Shinawatra, l'actuel première ministre de la Thaïlande

Yingluck Shinawatra, l’actuel première ministre de la Thaïlande

 Les élections « incomplètes » de dimanche dernier ont ouvert un nouveau chapitre d’incertitude et plongé la Thaïlande dans la paralysie politique. Si les résultats ne seront connus que dans plusieurs semaines; le simple fait que ces législatives anticipées aient pu se tenir reste une petite victoire pour cette démocratie fragilisée. Depuis plusieurs semaines, les opposants au pouvoir manifestent pour obtenir la démission de la Première ministre, Yingluck Shinawatra  et, au-delà, démanteler ce qu’ils appellent le « système Thaksin », du nom du frère aîné de la chef de gouvernement. Celui-ci fut aussi Premier ministre, entre 2001 et 2006, avant d’être renversé par un coup d’État militaire. Il est accusé par ses adversaires d’avoir mis sur pied un système de corruption généralisée dont l’actuel gouvernement serait l’héritier. Thaksin Shinawatra est également soupçonné de manipuler sa sœur et d’être le véritable Premier ministre. Ses opposants en veulent pour preuve que le parti de Yingluck, le Phue Thai, a tenté de faire passer en novembre 2013 une loi d’amnistie au Parlement, qui aurait eu pour conséquence d’acquitter Thaksin des accusations pesant sur lui. C’est d’ailleurs la tentative de faire passer cette loi, -rapidement abandonnée-, qui a cristallisé la colère des classes moyennes et supérieures.

 Des élections inutiles qui continuent de paralyser le pays

Les élections ne seront pas suffisantes selon les opposants.Le boycott des législatives était une évidence. Bulletins et urnes avaient été bloqués en amont par les manifestants. Face à ces perturbations exceptionnelles, les résultats pourraient prendre beaucoup de temps avant d’être publiés. Même s’ils l’étaient rapidement, le Parlement ne pourrait de toute façon pas se réunir faute d’un quorum de 95% des 500 députés. Le gouvernement ne peut donc prendre aucune décision importante durant cet intervalle. Et sans nouveau mandat clair, la situation sera «intenable» pour Yingluck. Si les partis pro-Thaksin ont gagné toutes les législatives depuis 2001, ils ont été tour à tour chassés du pouvoir par des coups d’Etat, militaire en 2006 et judiciaire en 2008.Pour les analystes, obtenir une répétition de cette histoire est l’objectif principal des manifestants. Ces derniers sont une alliance entre les élites de Bangkok, les ultra-royalistes et les habitants du sud.

 La justice comme solution

Les "chemises rouges" lors des manifestations de 2010

Les « chemises rouges » lors des manifestations de 2010

La première étape serait une annulation des élections par la justice, comme en 2006, avant une destitution de Yingluck. Elle fait en effet l’objet d’une enquête de la puissante commission anti-corruption pour un programme controversé d’aide aux riziculteurs. Et des dizaines d’élus du parti Puea Thai au pouvoir, et également candidats aux législatives, sont sous la menace de cinq ans d’interdiction de vie politique en raison d’une tentative ratée d’amender la Constitution. En cas de coup d’État, judiciaire ou militaire, le pays s’exposerait à une vive réplique des «chemises rouges» pro-Thaksin et plus largement, d’autres partisans de la démocratie. Lors du dernier grand mouvement, en 2010, les «rouges», qui sont jusqu’ici restés à l’écart de cette crise, avaient été délogés par l’armée du centre de Bangkok où ils réclamaient la démission du gouvernement de l’époque. Le bilan avait été de plus de 90 morts. Espérons pour la Thaïlande que la justice sera faire son travail pour éviter une nouvelle vague de violence dans le pays.

Jérémy Becam

 

Partagez cet article :
RSS
Facebook0
Facebook
LinkedIn
Pinterest
0
↑ Back to top

Clemence Pouletty

View all post →