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Le silence des agneaux en Birmanie

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Aung San Suu KyiTandis que les minorités musulmanes sont persécutées par des mouvements de bouddhistes extrémistes, le prix Nobel de la Paix, Aung San Suu Kyi, étonne et choque par son silence.

Qui pouvait bien se douter qu’une simple querelle entre un marchand musulman et son client bouddhiste puisse dégénérer à ce point ? Pendant 3 jours, la ville de Meiktila a été mise à feu et à sang. Les bouddhistes ont rasés les mosquées et les écoles des Rohingya, cette minorité musulmane de Birmanie. Au total, c’est plus de 40 personnes qui ont perdu la vie, des milliers d’habitants ont fuis la ville et le pays.

Colombe noire

Assistant pour la première fois à la parade annuelle de l’armée Birmane, Aung San Suu Kyi n’a pas cillé face à ces massacres. Actrice de la non-violence, elle avait ému le monde entier dans son opposition face à une junte militaire considérée comme l’une des pires dictatures de la planète. En 1991, alors qu’elle est assignée à résidence, elle est désignée prix Nobel de la Paix. Mais depuis, le prix Nobel semble s’être terni.

La députée du parti « Ligue Nationale pour la Démocratie » pourrait avoir pris le dessus sur l’ardente championne des droits de l’Homme. En effet, dans un pays fracturé entre une multitude d’ethnies, les Birmans, opposés aux musulmans, représentent 75% de la population. Ce poids électoral pèse dans la conscience de la gardienne de la paix, à l’approche des élections législatives de 2015. De plus, la Birmanie comprend plus de 80% de bouddhistes theravāda, il est difficile pour les forces de l’ordre d’arrêter leurs propres chefs religieux, à l’origine de ces massacres. Aung San Suu Kyi, également bouddhiste, ne peut donc pas agir. Pire, son silence pourrait cacher un stimulus de haine envers les Rohingyas, ethnie la plus martyrisée au monde, selon l’ONU.
Après moins de deux ans au pouvoir, l’action du nouveau gouvernement est remise en question. Si la France a mis près de 100 ans à construire une vraie démocratie, la Birmanie semble également rencontrer de nombreux obstacles. Dans ce pays clivé par la haine raciale, les habitants attendaient patiemment la fin du régime dictatorial pour que le climat se relâche et que la répression de l’armée cesse. Les minorités ethniques telles les chrétiens (4% de la population) mais surtout les musulmans (4% de la population) sont les principales victimes de ces mouvements d’animosité et de haine.

La haine raciale omniprésente

Loin d’être tous pacifistes, les Bouddhistes Bamars s’inquiètent de la progression de l’Islam sur leur terre. Des moines bouddhistes extrémistes profitent de la peur ambiante pour instrumentaliser cette haine de l’autre, de l’étranger. La première ethnie de la Birmanie ne considère pas les autres « races » comme appartenant vraiment ce pays, c’est pourquoi les Bamars cherchent à protéger leur race et leur religion des Rohingyas.

Myanmar protestation Les moines bouddhistes jouent aussi la carte de l’économie. Pour eux, les musulmans contrôleraient également la plupart des commerces de Birmanie. Le mouvement 969 (une combinaison d’attributs religieux, la numérologie est sacrée en Birmanie) œuvre pour stigmatiser les Rohingyas. Au-delà des violences, ils apposent des autocollants « 969 » sur les magasins et services Bamars, certifiant et attestant leur pureté.
Pour les spécialistes, ces mouvements haineux pourraient être comparés à la répression juive par les nazis. Au Moyen-Âge, les chrétiens refusaient de toucher aux métiers de l’argent (banque, prêts sur gages…), les qualifiant d’impurs. Tout au long de l’histoire, les juifs ont hérités malgré eux des systèmes financiers, ce que leur a beaucoup reproché l’Allemagne nazie, les étiquetant de sous-êtres.
Après les chrétiens, c’est au tour des bouddhistes de déroger à la règle de la religion pacifiste. De violents affrontements commis par les bouddhistes ont également lieu en Indonésie, en Thaïlande et au Sri Lanka.

Par Jérôme Wysocki

jeromewysocki@theyoungreport.fr

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