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Gone Girl : Une critique psychologique du mariage et de la société

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Dans Gone Girl, le dernier film de David Fincher, Ben Affleck et Rosamund Pike nous offrent un contrat de mariage cauchemardesque, narcissique et sociétal. Une réussite.

« A quoi penses-tu ? », « Qu’est-ce que je t’ai fait ? », « comment en sommes-nous arrivés là ? ». Telle est l’attaque de Gone Girl par David Fincher avec l’impassible beauté de Rosamund Pike à l’écran et la voix, en off, de Ben Affleck le tout enrobé d’une prise de vue claire-obscure. Ces questions hantent le spectateur tout le long des deux heures et demie du film. Et pour cause, Nick et Amy semblent à première vue parfaits, l’un pour l’autre mais aussi pour l’idéal communément admis du couple, de la romance. Elle est écrivaine, l’autre journaliste auprès d’un magazine masculin huppé. Elle est très riche et intelligente, lui vient de la classe moyenne du Missouri. Ces deux personnages s’unissent alors pour croquer le monde dans lequel ils travaillent : Manhattan. Cette union provoque rapidement un sentiment de satisfaction et de narcissisme commun aux deux personnages. Ainsi Amy, lâche satisfaite à Nick, « nous sommes vraiment parfaits », et ce entre deux rapports charnels dignes d’une carte postale de l’Olympe grec. Le narcissisme des personnages est à son paroxysme, amenant une suite quelque peu fataliste. Car de cette rencontre va naître une idylle, de cette idylle un amour. De cet amour, l’horreur. L’horreur a pris place ensuite dans un trou paumé du Missouri. Il est désormais professeur de littérature à l’université locale et tient un bar  qui ne paye pas de mine avec Margo sa sœur jumelle. Amy s’ennuie à mourir à la maison, censée écrire un livre. Dès cet instant, Fincher met en scène une véritable descente aux enfers autant maritale que sociale et ce à travers la violente disparition d’Amy.

Car les apparences sont trompeuses.

Inspiré du best-seller de Gillian Flynn, « Apparences », le film de Fincher critique le mariage comme un amas de mensonges. Ces derniers servants uniquement à sauver les apparences idylliques de cette union hautement symbolique. Et pour cause, la monotonie installée à la maison pousse Nick à fauter : il trompe sa femme avec une de ses étudiantes. Amy le découvre et la machine infernale se déclenche. Elle entreprend de se venger de la pire des manières, le faire accuser de son meurtre. Pour mettre en perspective ce rapport de force, le réalisateur a axé son récit sur Nick du moment de la découverte de la disparition de sa femme, le tout agrémenté de flashback sur les prémices de ce mariage, suggérant au spectateur qu’il est le fautif. Ainsi,  Nick est pris à la gorge dès lors qu’il signale la disparition de sa femme. Il est alors rapidement suspecté du meurtre, accablé par les éléments. Les plans sont alors à la fois centrés sur lui, comme symbolique de l’étau qui se serre. Ce procédé pousse par ailleurs le spectateur à deviner ce que pense le personnage. La primauté de la psychologie dans l’intrigue est la marque de fabrique de Fincher depuis Fight Club. Nick est dès lors prisonnier des événements, prisonnier de son mariage avec pour seul soutien sa sœur jumelle, interprétée par une magistrale Carrie Coon (The Leftovers).

De la romance à la haine

Cette situation étriquée devient ensuite infernale lorsque le spectateur découvre le point de vue d’Amy, laquelle se porte bien et a planifié sa fausse disparition, l’arrestation et la condamnation de Nick afin qu’il reçoive la peine de mort. Dès lors une lutte pour le paraître se joue, l’un contre l’autre. Les médias sont d’ailleurs omniprésents dans le film, décidant selon les apparences de juger ou non Nick coupable. L’avocat de Nick, incarné par Tyler Perri, et les deux présentatrices qui consacrent leurs émissions à l’affaire en sont symptomatiques. Selon Fincher, le mariage n’est pas seulement une question de paraître, mais également les médias, donc la société. A l’exception de la sœur Margo, tous les personnages du film sont guidés par les apparences. Ainsi, Fincher étrille ce jeu de paraître inhérent à la société moderne à travers ce couple et la symbolique du mariage parfait. Il met également en réflexion à travers ce cas extrême les échecs de plus en plus courants des mariages. D’où les questions du début, lesquelles sont remises à la fin : « Que t’ai-je fait ? », « A quoi penses-tu ? », « Comment en sommes-nous arrivés là ? ». Ces questions ont d’autant plus de poids que les épreuves traversées par Nick sous la direction d’Amy est conclue par le retour de cette dernière laquelle l’emprisonne définitivement à l’aide des médias, de l’histoire qu’elle a conçu. Elle l’emprisonne en tombant enceinte de lui à l’aide de la semence qu’ils avaient gardé quelques années plus tôt. Dès lors la spécialiste du paraître a réussi à faire de son infidèle de mari son double. A travers le degré de psychopathie d’Amy, Fincher nous met une claque en renvoyant directement à la scène de début du film. « Comment en sommes-nous arrivés là ? ». Et si en réalité, la société et le mariage, l’amour et l’amitié n’étaient qu’une question d’apparences ?

Ci-dessous la bande-annonce du film :

Jérémy Pastor

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