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Fury : la guerre dans toute son horreur !

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Dans son dernier film, David Ayer dépeint l’horreur de la seconde guerre mondiale à travers cinq soldats d’un tank américain Sherman. Avec Brad Pitt, Shia Laboeuf et Logan Lerman, Ayer a voulu alterner scènes de combats à couper de souffle et une immersion au plus près de ces soldats, détruits par la guerre.

 « Les idées sont pacifiques, l’Histoire est violente ! », « tu vas découvrir ce que peut faire un homme à un autre ». Les avertissements sur la guerre des quatre soldats d’un tank Sherman américain en Allemagne nazie à Norman (Logan Lerman), engagé dans l’armée depuis huit semaines seulement sont lourds de sens. Ce qu’il va voir et faire vont le changer à jamais. Et ces ainés ne le ménagent pas ! Le Sergent Don (Brad Pitt) à la tête du char et ses coéquipiers Bible (Shia Leboeuf), Grady (Jon Bernthal) et Gordo (Michael Peña) ne sont plus humains mais des ombres monstrueuses qui sèment un florilège de cadavres derrière elles. Ainsi entre deux scènes de combats majestueuses qui nous font comprendre que tout se joue à très peu de choses dans le chaos, David Ayer nous emmène au plus près de ces soldats qui côtoient l’enfer de la Seconde guerre mondiale. Cet enfer pousse ces hommes à agir rapidement et jouer leur avenir : tuer ou être tué… Le réalisateur nous invites donc à nous plonger dans un huis-clos guerrier représenté par le char, Fury. Une boîte de conserve capable d’exploser à tout moment, métaphore de l’état psychologique des soldats qui la compose.

Un homme, une machine à tuer

En tant de guerre, la morale n’a plus sa place. L’homme n’est plus qu’un simple instrument dont l’objectif est de semé le chaos dans le camp ennemi. Pour nous montrer ce chaos, David Ayer nous le fait découvrir d’une part via le regard du « rookie » Norman, mais surtout en inscrivant son scénario dans le moment de la seconde guerre mondiale le plus violent. L’équipe se trouve en Allemagne en avril 1945. La résistance des Allemands est alors plus forte que jamais. Ces derniers n’ont plus rien à perdre face aux forces Alliés sur leur sol.

Au fur et à mesure de l’avancée de l’unité, celle-ci se voit au fur et à mesure décimé par la violence des combats. La cause principale de ces pertes importantes est le rapport déséquilibré entre le Sherman et le blindé allemand de type Tigre technologiquement supérieur. Et toutes ces pertes humaines dans leurs rangs ne fait ni chaud ni froid aux soldats de Fury. Ils faut continuer coûte que coûte, car après tout c’est la guerre et avant tout « le meilleur job de leur vie ».

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Un film sans omission

Et si Ayer trouve le ton juste dans son film, c’est grâce à un point de vue à 360 degrés sur la guerre. Ce regard se porte ainsi sur les civils, lesquels subissent cette guerre, impuissant. En pleine déroutes, le char croise la route de fuyards, puis à la libération d’une ville allemande, la pression est palpable entre les soldats américains et ces civils allemands. Un vieillard abattu par un sniper, la barrière du langage ou encore de nombreux cadavres le long des routes montrent à quel point les civils sont les premiers touchés par ce conflit et ses plus de 60 millions de morts. Deux femmes allemandes, dans un village tout juste conquis, représentent parfaitement le point de vue des civils et en particulier celui des femmes. Lorsque Norman et Don font irruption dans un appartement, ils tombent sur deux jeunes femmes. Une tension est alors palpable : celle du viol. Et sans le montrer David Ayer le suggère fortement dans sa réalisation et dans la peur ressentie par ces deux femmes. Il reconnaît ainsi que les soldats américains ne sont pas blancs comme neiges. En tant que monstres tueurs au service de l’horreur, les américains ont violé de nombreuses femmes en marge des combats en France, en Belgique et en Allemagne. Si Don et Norman se veulent bienveillants, cette tension explose lorsque Bible, Grady et Gordo, alcoolisés et beaucoup plus attaqués mentalement par cette guerre- rejoignent Norman et Don. Cependant, Ayer ne donne aucune excuse à ces soldats à travers le personnage de Don, lequel pose des limites à ces hommes. Ce met alors en place un déjeuner tendu entre les personnages où la morale est en jeu. Et surtout en mettant l’accent sur ce qu’ils ont vécu suite au débarquement en Normandie. Gordo et Grady font référence aux chevaux agonisants le long des routes, victimes des combats. Les soldats américains face à la puanteur et la souffrance des bêtes les achevaient d’une balle dans la colonne vertébrale. Une fois les soldats partis, la sérénité ne revient pas pour autant… Un bombardement allemand prend pour cible le village, le détruisant partiellement. Personne n’est à l’abri, tout peut prendre fin en une seconde.

L’horreur par l’horreur

L’espoir n’est ainsi pas de mise selon Ayer qui dépeint une fresque noire de la guerre : pas place à l’héroïsme, au patriotisme. La soif de sang et l’adrénaline sont les seules choses qui importent ces soldats. Et cette fresque rejoins quelque peu la démarche de Katryn Bigelow et son film oscarisé Démineurs. La soif des sensations fortes dans le désamorçage des bombes croise celle du sang ressentie par les personnages de David Ayer. La scène introductif d’un Brad Pitt poignardant à mort un éclaireur ennemie dans les yeux en est symptomatique tout comme la scène finale du film. Une vue de haut du char entourée par des dizaines de cadavres.

Et l’horreur est d’autant plus fort que les soldats américains ont pour tradition de collé une raclée à chaque SS qui croisera leurs chemins.

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La scénarisation utilisée par David Ayer est terriblement efficace, ne laissant au spectateur aucun répit pendant les deux heures trente du film alternant période calme et nous faisant ressentir que les personnages peuvent mourir à chaque instant. Et les camions remplis de cadavres, les fosses communes et les corps sur les chemins sont la représentation pure de cette période, dans laquelle la mort est ambiante notamment à travers des nappes de brouillards et de fumées que traversent les personnages.

De tout point de vue, Fury est une réussite en la simple réponse que ce n’est pas uniquement un film sur la guerre. L’ouvrage de David Ayer est critique des effets de la guerre sur les hommes sur le plan psychologique. Ce ne sont rien de plus que des gueules cassées, qui ne pourront jamais s’en remettre de ce qu’ils ont vu ou fait. Ce film s’inscrit dans la mouvance de ses précédents films : dénonciateurs. En 2008, le réalisateur dénoncé la facette mafieuse de la police de Los Angeles dans Jusqu’au bout de la nuit. Quatre ans plus tard, c’est l’impunité des policiers qui est mise en cause dans End of Watch. Thème également repris dans Sabotages en 2013.

Ci-dessous la bande-annonce du film :

Jérémy Pastor

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