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Depuis maintenant un et demi, Nicolas, Anthony, Kevan, Alexis et Kevin sont à la tête de Family First Paris. Une marque de vêtement que ces 5 étudiants ont créé de toute pièce ensemble. En souhaitant transmettre des valeurs autour de la famille mais aussi du pouvoir de la jeunesse. Portrait et entretien.

Une marque « abordable pour que tout le monde puisse s’offrir un de nos produits ». Tel est le business plan qu’ont voulu mettre en place cinq étudiants de Saint-Quentin en Yvelines pour leur marque de vêtement : Family First Paris.

Des valeurs et le goût d’entreprendre

Parti d’un simple « délire entre potes », Family First était pour Anthony, Nicolas, Kevan, Nicolas et Alexis un concept. Ce dernier rassemble l’ensemble des valeurs qui ont rythmé leur enfance : famille, combativité, respect, entraide, loyauté et intégrité. Des valeurs universelles qui leurs tiennent à cœurs. Ce délire, ils ont ensuite transposé sur des T-Shirts Eleven Paris vierges. Ces vêtements ont plus à leur entourage. Chose qui leur a donné l’envie de pourquoi pas « allier tout cela (…) avec un concept fort ».

Après un an de réflexion, de travail pour apporter l’argent, Family First Paris voit le jour. Et les cinq jeunes entrepreneurs ont dû surmonter maintes difficultés : décrypter les règles et les lois pour les statuts de l’entreprises, trouver les fournisseurs et les revendeurs.

« On essaye de faire participer les gens car on voit notre marque de vêtements comme un mouvement », Anthony.

Mais le résultat est là avec une marque, un projet ouvert à toutes les possibilités pour la suite. « On s’est rendus comptes que nos produits plaisent tout comme le concept aussi », explique Nicolas à propos du Sneakers Event de Paris en février dernier.

Family First : « il y un problème de mentalité en France »

De gauche à droite : Kevin Allain, Anthony Boussouar, Kevan Geshani, Nicolas Berchadsky, Alexis Mougeolle (Family First/Facebook)

De gauche à droite : Kevin Allain, Anthony Boussouar, Kevan Geshani, Nicolas Berchadsky, Alexis Mougeolle (Family First/Facebook)

The Young Report a rencontré trois des fondateurs de Family First Paris, Anthony, Nicolas et Kevan. C’est autour d’un bon McFlurry que nous les avons invités à nous parler de la création de leur entreprise : quels chemins ? Quelles difficultés ? Quels espoirs ?

The Young Report : Comment est né le projet Family First ?
Antho : On était un groupe de potes depuis très longtemps, et malgré nos origines différentes et nos parcours différents, on a été éduqué avec les même valeurs. Et quand on était ensemble, on parlait toujours avec l’expression Family First comme baromètre. Family First étant le bon. Et un jour il y a eu les T-Shirt Eleven Paris…
Nicolas : Ceux avec les noms derrière et un numéro. Et nous pour le délire, on a acheté des t-shirt basiques vierges et on les a imprimé dans le même délire que les visuels Eleven Paris avec le nom « Family First » et chacun un numéro qui nous tenait à cœur. Mais c’était juste pour nous. On les portait beaucoup. Et étonnamment, les gens trouvaient nos T-shirt cool et voulaient savoir si on les vendait. Et face à cet accueil de notre entourage on a décidé de se lancer. On aime la mode, on est entre potes et puis on avait surtout un concept fort. Donc pourquoi ne pas essayer d’allier tout cela et faire passer un message à travers des vêtements. Ça a commencé comme ça mais le projet a quand même demandé un an de réflexion pour naître. On est allé voir des banques pour penser au financement. Mais ils nous ont demandé un business plan, des estimations de ventes, de bénéfices. Ce qui était impossible à faire pour nous.
Anthony : Du coup on a tous travaillé pendant l’été et on a tout investi dans le projet pour le lancer.

Quelles ont été les difficultés rencontrées pour que le projet voit le jour ?
Anthony : Il y a eu deux grosses difficultés qui se sont présentées d’emblée. La première c’est, « comment avoir l’argent pour la marque ? ».  Pour les banques, ce n’était pas possible. Il fallait que l’on se débrouille tout seul parce qu’on n’a pas de revenus fixes étant donné que l’on est étudiants. On ne voulait pas non plus engager nos parents dans l’affaire, donc c’était nécessaire d’être autonome pour nous. Le second gros problème concernait la création de la structure juridique de l’entreprise. On n’y connaissait absolument rien. On avait peur d’être piégé…

TYR : Comment avez-vous surmonté cette difficulté ?
Anthony : On a d’abord lu des tonnes de bouquins avec Nicolas pendant tout l’été.
Nicolas : c’était pour savoir quel type de statuts il fallait choisir afin de ne pas payer des choses aberrantes alors que nous n’en avons pas besoin. Et puis surtout si on a zéro bénéfice, comment on paye les cotisations et impôts obligatoires pour certains statuts. Du coup on a choisi une SAS, une société par actions simplifiées qui est la forme la plus flexible pour les petites entreprises et les start-ups et qui permet de payer des impôts que sur les bénéfices.
Anthony : l’avantage de la SAS, c’est surtout que tu peux rédiger tes propres statuts pour la marque. Et c’était important car nous voulions rédiger les statuts juridiques de telle sorte que chacun de nous ait les même pouvoir sur l’entreprise. On s’est donc servi d’un site internet qui accompagne les entrepreneurs à rédiger les statuts de leurs entreprises. Cela a été d’une grande aide, mais le site a fermé depuis… (Rires)
Nicolas : C’est dommage, car c’était vraiment une aide géniale. On pouvait payer, et le site s’occupait de tout, mais nous on n’a pas voulu pour vraiment découvrir le processus, vu que l’on était en droit aussi à ce moment-là. On voulait surtout s’assurer que tout soit nickel, sans surprise.

TYR : Comment la chaîne de production de Family First s’est-elle mise en marche ensuite ?
Anthony : Là encore, on n’y connaissait rien. Du coup on est d’abord passé par un gars que connaissait un pote…
Nicolas : ce qui s’est avéré ne pas être très fructueux…
Anthony : Oui, C’est la dure loi du marché, tu peux très vite ne pas faire les bons choix.
Kevan : et se faire avoir très rapidement quitte à ce que ça te coule la boîte…
Anthony : Oui, il nous faisait surpayer pour des produits qui n’étaient pas forcément assez qualitatifs…
Nicolas : il y avait aussi des problèmes de délais.
Kevan : qui a joué sur l’ouverture de notre site d’ailleurs. Parce qu’avec les délais sans cesse repoussés, on ne pouvait pas ouvrir le site internet de la marque et commencer à vendre, parce que sinon nous allions avoir des délais de livraisons monstrueux…
Anthony : après cela, on a fait nos recherches pour trouver un autre producteur. Et par Instagram, il y a une entreprise de production de textile qui a « liké » une de nos photos. Et il s’est avéré que c’était une usine super sérieuse, super fiable. On a pris contact avec le patron qui nous a proposé de visiter l’usine. Et quand on a discuté des tarifs, c’est à ce moment que l’on a compris que l’on s’était fait bien avoir avec le fournisseur précédent. Et maintenant, on est avec eux.
Nicolas : En fait, c’est un groupe composé de deux entreprises, Recto Verso pour les grosses boîtes et WeyProdz Customs pour les petites marques. Et puis c’est une entreprise familiale, donc c’est quelque chose qui nous a tout de suite marqué. Il y a de la proximité.
Kevan : C’est dans le 95, c’est local donc tu peux aller voir la production quand tu veux contrairement à une usine au Portugal ou en Turquie.

TYR : Et avec le recul que vous avez maintenant, est-ce qu’être jeune et entreprendre, c’est possible ?
Nicolas : C’est possible, à certaines conditions. On a pu le faire aussi grâce à la situation de nos parents. Ils ne sont ni riches ni pauvres, mais on a pas besoins de travailler pour les aider à finir le mois. Et on vit tous encore chez eux, donc on n’a ni loyer, ni autres frais qui demanderaient beaucoup d’argent. Puis on a eu surtout beaucoup de soutiens et d’encouragements de nos parents quand ils ont compris que notre projet consiste à transmettre les valeurs avec lesquelles ils nous ont éduqué. Ce qui a beaucoup aidé.
Anthony : C’est plus difficile en tant que jeune de se lancer et entreprendre car il faut bien cerner la loi qui encadre tout ça. Il faut de l’argent parce que tu es tout seul. On a eu de la chance de tomber sur le site, mais sinon tu es seul au monde, obligé de te débrouiller. Tu peux faire 1000 conneries, tu peux te retrouver hors la loi rapidement et bêtement par inattention. Par exemple pour nous, étant donné que la marque détient le nom de Paris, il y a une obligation de produire quelque chose en France. Pour nous ce n’était pas un problème, mais si tu n’es pas au courant de ce genre de choses, tu peux très rapidement te retrouver dans un labyrinthe administratif et juridique.
Nicolas : Oui on peut être jeune et entreprendre, mais ce n’est pas accessible à tout le monde. Ce qui est dommage. Et c’est quelque chose en France qui n’est pas inscrit en nous. Personne ne nous pousse à entreprendre et se lancer. Il y a plus de barrières que de portes ouvertes. Il y a un vrai problème de mentalité autour de l’entreprenariat des jeunes. Et c’est frappant quand on parle de notre marque à des personnes que l’on vient de rencontrer. Ils ne nous croient pas. La mentalité n’est pas de dire « c’est cool, bravo ! » mais « non, je ne te crois pas ». Et ce sont des personnes de notre âge qui le disent, c’est vraiment dommage…
Anthony : Il y a un double problème en France. Le premier, c’est que personne n’encourage les jeunes à entreprendre et puis ensuite il y a les jeunes qui s’interdisent de franchir le cap et d’entreprendre.
Kevan : les gens sont fermés et il y a deux sortes de personnes. Ceux qui vont être étonnés de ce que tu arrives à faire et entreprendre. Et ceux qui ne croient en rien pas même la possibilité d’un jeune de réussir…
Anthony : il y a des personnes que l’on rencontrait qui pensaient que Family First était une marque créée par des personnes beaucoup plus âgées, trente, quarante ans. Ce qui prouve le problème de mentalité qu’il y a en France.

TYR :Comment voyez-vous évoluer le projet pour l’avenir ? Family First dans 5 ans comme exigeraient les banques ?
Kevan : Il faut y croire quoiqu’il arrive. Donc que la marque soit plus haut et plus grande qu’actuellement.
Anthony : Et toujours vivante surtout, la chose la plus compliquée à faire en soit. Pourquoi pas commencer à toucher l’étranger.
Kevan : et ne jamais se limiter surtout pour que le projet et la marque grandissent.
Anthony : quand tu regardes bien et que tu cherches bien, il y a toujours des opportunités à saisir. Les portes ne sont pas totalement ouvertes pour les jeunes donc faut les défoncer pour s’ouvrir le champ des possibles.
Kevan : par exemple la semaine dernière, il y a eu un producteur américain qui est venu dans le magasin dans lequel on vend Family First, et du coup on y est allé et on lui a présenté nos produits. Il a bien aimé et du coup il a mis sur Instagram une photo avec des produits Family First qui a fait plus de 20 000 « likes ». Ce sont des opportunités que l’on essaye de saisir.
Anthony : le but c’est de faire grandir la structure et de collaborer avec le plus de monde possible.
Kevan : peut-être aussi des marques. On reste ouverts à toutes les idées.
Anthony : actuellement, à 5 on réinvestit chaque euro gagné dans l’entreprise pour que l’on puisse la développer au maximum !

TYR : Vous n’avez pas eu peur du flop surtout dans le secteur du prêt-à-porter qui est très compétitif ?
Anthony : les marques de vêtements il y en a des milliers, ce qui ne rend pas la chose facile d’entreprendre dans le secteur. Mais il ne faut pas avoir peur, il faut un peu de chance, quelques contacts et de la détermination.

TYR : Quand on regarde la gamme Family First, les prix sont dans les même ordres de grandeurs que les grandes marques, comment avez-vous réussi à développer la marque avec des prix si bas et des prix de production très élevés ?
Nicolas : Cette remarque-là est rare mais totalement pertinente. Ce qu’on fait, c’est s’aligner sur les autres pour être ni plus ni moins cher que les grandes marques avec des produits de qualité. On pourrait très bien mettre un T-Shirt à 5 euros mais ce sera 50 centimes à produire. Si c’est le cas, c’est qu’il y a un problème. Et d’un autre côté, il y a beaucoup de nos connaissances qui pensent que parce qu’on est jeunes vont se dire « il ne se font pas chier, c’est vachement cher ! ». On fait des vêtements parce que ça nous plaît, mais pour pouvoir le faire dans la durée, il faut gagner de l’argent.
Anthony : Certaines personnes ne se rendent en fait pas compte des coûts que cela représente, du temps, de l’argents nécessaires pour que la marque vive et évolue.

TYR : Vous n’avez pas les mêmes niveaux de productions que les grandes marques et pourtant vous avez des prix aussi bas qu’eux, c’est assez intéressant de voir un tel positionnement pour une petite entreprise.
Kevan : le but c’est que ce soit abordable et que tout le monde puisse s’offrir un de nos produits.
Anthony : quand on en a discuté au tout début, on s’est demandé où on se plaçait : est-ce que l’on fait du premium ou du low cost ? Et au final on n’a choisi ni l’un ni l’autre parce que l’on propose des vêtements de qualité à des prix abordables. Le but c’est que le plus de personnes possibles soient l’étendard de notre marque et de nos valeurs.

Jérémy Pastor

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