Découvrez Bouda, artiste qui a fait de Paris son terrain de jeu !


Bouda, AKA, Marie Thî est une jeune artiste qui a créé son univers autour de Paris et des villes. Découverte en images et en entretien.

The Young Report : Comment t’es-tu créé le personnage de Bouda ?
BOUDA : Mon surnom Bouda remonte au lycée. Pour le carnaval, j’avais fait la blague, « moi je vais me déguiser en Bouda avec le ventre à l’air ». Et c’est resté du coup parce que mes potes pensaient que ça m’allait bien. Et parfois même des gens que je ne connaissais pas forcément avaient entendu parlé de moi via ce surnom. Du coup tout est parti de là.

TYR : Comment en es-tu es venue à l’art, et le dessin ?
BOUDA : J’ai une maman qui est peintre, qui m’a toujours initiée à l’art donc ça a toujours fait partie de ma vie. Je dessinais aussi beaucoup de personnages, beaucoup de dessins de presse et de BD. Après le bac, je ne savais pas trop quoi faire, je me suis donc dit « essaye de continuer ce que tu sais faire » : le dessin. » : le dessin. J’ai donc démarché plusieurs écoles, et j’ai du coup été pris dans deux écoles, mais j’ai choisis l’ECV parce qu’elle se trouvait à Paris entre autres. Donc j’ai débarqué à Paris en 2012 : donc premier appart’, découverte de Paris. Et l’ECV était très design : pubs, logos, affiches, identités visuelles. Et en parallèle je dessinais toujours sans vouloir publier.

En troisième année, je voulais à tout prix bouger, notamment à Berlin. Je n’ai pas pu le faire en tant qu’Erasmus parce que mon dossier n’était pas suffisamment bon. J’ai donc lâché l’ECV pour intégrer un institut à Berlin, puis rejoindre l’ECV en M2 mais ça n’a pas été possible en raison d’une rupture de contrat. Du coup pas de Berlin et impossible de retourner à l’ECV. C’est à partir de ce moment que je me suis dit qu’il était peut-être temps de se lancer, de se montrer au grand public et d’oser. C’est pour cela que j’ai créé la page Facebook, l’Instagram et le Behance. J’ai gagné rapidement en visibilité, ce qui est bizarre car tout le monde voit ton taf. Tu es un peu mis à nue du coup.

TYR : Comment est né ton univers ?
BOUDA : J’ai créé mon univers surtout par rapport à la ville parce que Paris, c’est Paris et que j’ai commencé ici. Ce qui est étrange, c’est que je fuis Paris comme je l’adore aussi et tout mon univers se tourne autour de cette ville. Et puis il y a aussi mes personnages que je ne publie pas encore par peur parce que ce sont des créations que j’ai commencées il y a quelques temps déjà. J’ai aussi peur de voir un peu comment les gens vont les percevoir. Est-ce que ça va leur plaire ? Est-ce que je vais pouvoir me réinventer ? Est-ce que je vais trouver un fil conducteur entre tout ça ? Il y a plein de questions qui pour l’instant m’empêchent de publier ces personnages…Et puis publier beaucoup, c’est bien, mais il y a aussi la question de savoir quoi faire après. Comment ça peut évoluer… Aujourd’hui j’ai plein d’envies : des expositions, retaper des murs, faire des installations lumineuses parce que je me dis que c’est possible.

TYR : Quels sont les projets présents et à venir de Bouda ?
BOUDA : Dernièrement j’ai fait The Parisianer, le métro qui prend vie, qui est le premier dessin qui a beaucoup plu, et c’est là que je me suis dit de continuer là-dedans. Je me suis un peu éparpillée mais du coup j’ai fait des vitrines de bar, des emballages de bougies, j’ai beaucoup travailler en noir et blanc sur des affiches A3 essentiellement centrées sur le métro aussi. Je me suis lancé aussi sur un grand format de 1,5 mètre par 1 mètre avec plein de petites choses, des aliens toujours très condensé pour montrer que même dans un petit format il peut se passer énormément de choses, comme à Paris ! J’ai participé cette semaine à une exposition à la Nuba à Paris, qui est un haut lieu de Paris. J’ai pu le faire grâce à un DJ que j’ai rencontré une fois. J’ai une exposition aussi à la galerie l’Inattendu à Bastille avec 3 autres artistes pendant 1 mois. Sinon je suis toujours en partenariat avec la Samogalerie qui permet de diversifier les projets et avec qui je travaille beaucoup.

TYR : A travers ton univers, tu essayes de transmettre quoi ?
BOUDA : Le message que j’essaye de transmettre est l’absence de limites, et la prise d’opportunité. Ne pas se limiter, tout développer et pousser son art partout et sur tout. Le but est de se dire que Paris, Berlin, toutes les villes que j’ai pu visiter, ça marque et ça inspire dans le champ des possibles. Et puis il y a l’amour de Paris, là ou j’ai commencé, là où on m’a donné ma chance. Et puis on apprend tellement dans cette ville, des personnes qui y passent, de l’architecture, de l’atmosphère.

TYR : Comment se fait ton processus artistique ?
BOUDA : Le « process » se fait surtout en fonction des gens qui m’entourent, mes potes, mes proches qui vont m’influencer ou me suggérer des choses. Par exemple, j’ai une amie skateuse qui m’a demandé de dessiner son skate, du coup j’ai fait une ligne de dessins pour skates. Puis j’ai tenté sur le bois, le plastique…  Le processus artistique se fait donc à l’aide de tout ce qui me passe par la main et parce que je pense que ça pourrait être vraiment bien. Où même le format. La question est jusqu’à où tu peux développer ton art ? Et pour ma part, l’idéal serait de participer à la nuit blanche et de projeter mes villes sur un bâtiment. Ce serait un bel accomplissement. Après c’est juste une question d’envie personnelle ou de ce que je vois quand je suis en voyage. Par exemple, je suis partie récemment à Tunis et du coup j’ai pris beaucoup de photos sur lesquelles je vais m’appuyer aussi pour dessiner…

TYR : Comment vois-tu évoluer ton univers ?
BOUDA : J’ai remarqué que depuis que je me suis lancé, au tout début, ça n’a rien à voir déjà. Donc je pense qu’avec le temps, c’est avoir trait précis. Le jour où je pourrais me considérer comme artiste en tant que tel, c’est quand j’aurai fini un dessin et que je me dirai qu’il est bien. Qu’il n’y a rien à changer. Actuellement, j’en suis contente de ce que je fais, mais il y a toujours quelque chose que je regrette de ne pas avoir davantage développé…

TYR : N’est-ce pas l’éternel dilemme de l’artiste, cette frustration ?
BOUDA : Oui je serai aussi éternellement frustrée, mais c’est aussi cela qui fait que l’on veut à tout prix progresser. J’aimerai pouvoir donc continuer mon univers tout en pouvant lâcher les villes et créer autre chose. Exister à travers tout ce que je ne fais pas uniquement les villes. J’aimerais aussi être plus pro dans mes traits, dans mes démarches, et mieux savoir où je vais…

TYR : Quelles sont tes références artistiques ?
BOUDA : Je me suis intéressée au dessin au trait grâce au Petit Nicolas, de Sempé et Goscinny. Il y a aussi de très bons tatoueurs et le monde du tatouage qui m’inspire beaucoup… Il y aussi Kylam qui est un illustrateur, tatoueur qui m’a encouragé. Il y a Kid Paddle, le dessin animé. Il y a aussi Patrick Veil qui fait d’énormes panorama au trait de grandes villes notamment Los Angeles.

TYR : Comment tu t’en inspires ?
BOUDA : Ben il y en a qui t’inspires sur les valeurs, les ombres, d’autres qui vont te donner des idées de formats par exemple. Ou encore certains qui vont développer un dessin au trait plus atypique. En fait ce sont des petits détails qui inspirent et que l’on essaye de plus ou moins reproduire à notre sauce.

TYR : Que penses-tu du statut d’artiste dans la société ? Est-ce dur d’en vivre ?
BOUDA : C’est possible d’en vivre si on se donne les moyens, par contre c’est dur car ultra compétitif. La question du positionnement est importante. Soit tu suis une mode, ça dure un temps et ça marche bien, soit tu t’essouffle après sans savoir comment te réinventer. C’est pour ça que j’évite de m’inscrire dans une mode, parce que j’ai peur de cet essoufflement. Tout dépend de la réception qui est faite par le public et surtout la cible qui est choisie qui dicte un peu tout ce que tu vas faire. Il faut s’avoir s’adapter à tout.

Propos recueillis par Jérémy Pastor