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20 ans après le Génocide Rwandais : un procès et des ingérences qui refont surface

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Pascal Simbikangwa, ancien militaire rwandais est actuellement jugé aux assises de Paris pour complicité de génocide et crimes contre l’Humanité. Pendant la guerre civile de 1994 au Rwanda, il aurait aidé à l’assassinat de 1 800 Tutsis dans la région-nord du pays.

Son nom, aux origines troubles, deviendra peut-être une triste légende. « J’ai pris le nom de Simbikangwa qu’au moment de rentrer de rentrer au collège. Il y avait alors une discrimination à l’encontre des gens du nord, comme moi […] Je me suis donc fait appeler Pascal Simbikangwa.» ( le prévenu, Pascal Simbikangwa aux assises de Paris)

Qu’importe son nom, au Rwanda il est connu comme le loup blanc. Pascal Simbikangwa était un ancien capitaine sous la présidence hutue de Juvénal Habyarimana. A l’époque, le Rwanda sombrait doucement mais sûrement dans les affrontements ethniques, le marasme économique et les pressions internationales. Entre deux massacres Tutsi-Hutu et Hutu-Tutsi, une grave crise foncière touche le pays. Le drame survint le 6 avril 1994. L’avion présidentiel est la cible d’un tir de missiles. Habyarimana, Cyprien Ntaryamira le président du Burundi et de hauts dignitaires meurent sur le coup.

 L’ex militaire prétend avoir protégé une famille de tutsi dont il était proche

©Ableton/wikimedia commons

©Ableton/wikimedia commons

Le FPR (front patriotique rwandais), parti à majorité tutsie est accusé d’avoir commis l’attentat. Le lendemain, le CDR (coordination démocratique rwandaise), Parti extrémiste hutu et les milices Interahamwe commencent le massacre envers les Tutsis. Pendant ce temps, Pascal Simbikangwa aurait commandité certains meurtres au nord du pays, sa région natale. Mais dans ce chaos, il est impossible de connaitre l’identité et le nombre des victimes. Pour sa défense, l’ex-militaire prétend avoir protégé une famille de Tutsis dont il était proche. La France et la Belgique évacuent ressortissants puis soldats. Outre le silence assourdissant de l’Hexagone, les ONG présentes sur le terrain, dénoncent le manque d’aide de la communauté internationale. Dans une lettre adressée au président François Mitterrand le 16 mai 1994, Philippe Biberson, dirigeant de Médecin sans frontières accuse: «Nous sommes aujourd’hui désarmés devant l’ampleur de telles tueries que rien ne nous semble pouvoir stopper en l’absence d’intervention extérieure. […] Nous pensons que la communauté internationale et particulièrement la France n’ont pas toujours pris leurs responsabilités politiques dans un conflit qui n’est pas un massacre inter-ethnique mais bien une extermination systématique.»

La France reste le seul pays européen attaché et entaché dans l’Histoire Africaine.

©wallyg/flickr.com

©wallyg/flickr.com

Après 860 000 morts tutsis et hutus modérés, la France sort de son mutisme. Ils ne reviennent sur le territoire rwandais qu’en milieu de génocide. L’opération Turquoise est lancée en juin 1994. Il aura fallu une centaine de jours aux rebelles du FPR pour endiguer la guerre civile. La France reste le seul pays européen attaché et entaché dans l’Histoire Africaine. La plupart des génocidaires ont élu domicile sur le territoire français. Aucune enquête n’a été menée. Pour le cas Simbikangwa, les enquêteurs avaient même refusé de le livrer à Interpole. Avec ce procès aux assises, les rescapés et les ONG espèrent que cela rendra hommage aux milliers de disparus oubliés d’un conflit, pour ainsi dire, oublié. A terme, cette affaire semble être le reflet des relations franco-rwandaises. Trouble et versatile.

Jeanick Lubanza

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Clemence Pouletty

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